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Éloge de la lumière, Pierre Soulages – Tanabe Chikuunsai IV

Bols tenmoku aux reflets irisés, porcelaines « noir miroir », laques aux surfaces chatoyantes, travaillées en profondeur, certaines œuvres, captant la clarté jaillie de la nuit révèlent et enchantent les couleurs de l’ombre.

C’est dans le sillage de cet héritage en clair-obscur que les collections de la Fondation Baur, Musée des Arts d’Extrême-Orient, riches en perles rares, ont choisi de converser avec quelques-uns des chefs-d’œuvre du maître des « noirs lumière », Pierre Soulages. La complicité que son art a nouée avec « l’épaisseur du silence », attachée au Japon, selon Junichirō Tanizaki (1886-1965), et son Éloge de l’ombre, aux « couleurs des ténèbres », quoique purement contingente, n’en est en effet pas moins manifeste. Les Japonais eux-mêmes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés ; très tôt ils ont saisi la poésie grave et atemporelle de l’œuvre de l’artiste aveyronnais ; suivant pas à pas son parcours, depuis la présentation de l’une de ses toiles à Tokyo, à l’occasion du premier Salon de mai en 1951. Ils en affectionnent les contrastes chromatiques, dépouillés de toute charge sentimentale et figurative, ainsi que les imposantes et calmes respirations graphiques, les matériaux pensés et façonnés comme autant de supports à la lumière.

Dans le tracé des « formes signes » nourries au brou de noix qui ont marqué les débuts du peintre, certains retrouvent les lignes de la calligraphie extrême-orientale ; pour d’autres, les épaisseurs diaprées des outrenoirs évoquent la profondeur des laques maki-e, ces peintures saupoudrées de lumière… L’objet de cette exposition est de proposer une autre rencontre avec le pays du Soleil-Levant, née cette fois dans les lignes érigées, le son et la lumière perçant les forêts de bambous ; à la « sculpture abstraite » née selon Pierre Soulages de « l’écriture des branches dans l’espace », répondent les tiges et les nœuds du bambou modelé en clair-obscur par un artiste d’exception, aujourd’hui de renommée internationale, Tanabe Chikuunsai IV.

Héritier de traditions et de techniques ancestrales, actuel représentant d’une prestigieuse lignée de vanniers, Tanabe Chikuunsai IV travaille le végétal d’un regard neuf, sculptural et lumineux. Trois ans pour fendre le bambou, huit ans pour le tresser : il faut trois ans pour apprendre à préparer le bambou, et huit ans pour apprendre à le tresser dans la forme voulue et pour que les deux mains soient totalement imprégnées par la tradition. Les répétitions du processus par de nombreux artistes ont maintenu cet art en vie et abouti à la transmission d’un savoir-faire pendant 150 ans.
Au-delà des évolutions formelles, les techniques de base et les outils sont restés sensiblement les mêmes. Ainsi, Chikuunsai IV utilise des machettes et des petits couteaux transmis par son arrière-grand-père pour fendre le bambou. Il a recours à l’eau pour le tressage, au feu pour le cintrage et à ses deux mains pour rendre possible l’impossible.