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Series 41. Two Color Twist, Yellow and Violet. Three Colour Twist, Red, Green and Blue.

2026

Series 41. Two Colour Twist, Yellow and Violet. Three Colour Twist, Red, Green and Blue (1979) illustre parfaitement la réflexion aboutie de Bridget Riley sur la couleur, la perception et la structure. Réalisée à un moment où elle avait pleinement intégré les enseignements de l’histoire de l’art à son propre langage visuel, cette œuvre fait preuve à la fois d’une rigueur scientifique et d’une richesse sensorielle. Riley souhaite faire de la peinture un champ d’expérience visuelle dynamique, où le regard lui-même devient le sujet.

Cette œuvre date de 1979, une période où Riley a définitivement quitté ses premières peintures en noir et blanc des années 1960 pour s’engager dans une exploration approfondie de la couleur. Ses œuvres antérieures, associées à l’émergence de l’Op Art et à des expositions majeures comme The Responsive Eye, reposaient sur des contrastes optiques marqués et des perturbations rétiniennes produites par des géométries monochromes.

Le catalogue de cette exposition souligne un principe fondamental de ces recherches : lorsque des éléments visuels sont extrêmement petits ou rapprochés, ils fusionnent en une seule tonalité perceptive. Ce phénomène de « mélange optique », déjà au cœur de la technique pointilliste de Georges Seurat, produit des effets de vibration, de luminosité et même de pulsation. L’œil est alors « bombardé d’énergie pure », générant parfois des impressions colorées inattendues (roses pâles, ors ou bleus) bien que la surface puisse être dépourvue de couleur réelle.

Cette logique perceptive est essentielle pour comprendre l’évolution de Riley. Son passage du noir et blanc à la couleur ne constitue pas une rupture, mais un approfondissement des phénomènes optiques déjà explorés. L’étude approfondie de Seurat a été déterminante. Son étude de Le Pont de Courbevoie en 1959 lui a permis d’assimiler les principes du divisionnisme et du « chromo-luminarisme », terme que Seurat lui-même privilégiait. Ce principe est pleinement à l’œuvre : les contrastes complémentaires intensifient les vibrations visuelles, tandis que les combinaisons plus complexes enrichissent le rythme perceptif.

Cette gouache sur papier appartient à une série où Riley explore l’interaction dynamique des couleurs à travers des bandes sinueuses et rythmiques. La composition repose sur des alternances chromatiques (jaune/violet et rouge/vert/bleu) organisées selon une structure en torsion. L’œuvre repose sur cette tension entre ordre et instabilité perceptive. La structure est rigoureusement construite mais cette stabilité est constamment perturbée par la réponse de l’œil. Le motif de la torsion joue ici un rôle central. Il introduit une dynamique plus complexe guidant le regard dans un mouvement sinueux qui suggère expansion, contraction et profondeur.

La gouache permet des aplats mats et intenses, d’une grande précision. Si chaque bande est nettement définie, l’ensemble produit une impression de mouvement instable, comme une ondulation continue. À courte distance, les couleurs restent distinctes ; à distance, elles fusionnent optiquement, générant des teintes secondaires et des vibrations lumineuses.


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Bridget RILEY (1931)

Series 41. Two Colour Twist, Yellow and Violet. Three Colour Twist, Red, Green and Blue, 1979
Gouache sur papier
96,5 x 62 cm

« Je ne sélectionne pas des couleurs isolées mais des paires, des triades ou des groupes de couleurs qui, pris ensemble, agissent comme des générateurs de ce que l’on peut percevoir à travers ou par le biais du tableau. J’entends par là que les couleurs sont organisées sur la toile de manière à ce que le regard puisse parcourir la surface d’une façon qui s’apparente à la manière dont il se déplace dans la nature. Il doit se sentir caressé et apaisé, faire l’expérience de frictions et de ruptures, glissent et dériver. Le regard peut être arrêté, trébuché ou ramené en arrière afin de flotter à nouveau librement. »

 

Bridget Riley

The Maximal Sixties: Pop, Op and Figuration, 1997, MoMA New York

Bridget Riley, Scale study for Cataract Series, 1967.

Georges Seurat, Le Pont de Courbevoie, 1886-87. ©Musée d'Orsay

Bridget Riley, Le Pont de Courbevoie by Seurat, 1959 ©Bridget Riley

« Je voyageais près de Sienne, et c’était l’un des jours les plus chauds de l’été. Le paysage était d’une couleur ocre brûlée qui ondulait vers les collines à l’arrière. En faisant mes études pour Pink Landscape, j’essayais de rendre une impression de la chaleur miroitante qui m’entourait – de saisir le miroitement, la lumière et l’éclat et le pur éblouissement de tout cela. Je ne réussissais pas très bien, mais sans ce que j’avais appris de Seurat je ne l’aurais pas réussi du tout ! »

 

Bridget Riley en conversation avec Eric de Chassey à l’occasion de l’exposition Bridget Riley, point de départ au Musée d’Orsay, 21 octobre 2025 –  25 janvier 2026

Bridget Riley, Pink Landscape, 1960. ©Bridget Riley

Bridget Riley, Series 41. Two Color Twist, Yellow and Violet. Three Colour Twist, Red, Green and Blue. (détail)

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