Fleury Logo

Judit Reigl

1923-2020
Judit Reigl, peintre d’origine hongroise née en 1923 à Kapuvar, a fuit son pays pour devenir à Paris l’une des rares femmes reconnues sur la scène artistique d’après-guerre. Fidèle à un esprit de liberté et portée par une puissante énergie en mouvement, Reigl a produit une oeuvre personnelle où les questions du corps et de la condition humaine sont centrales.

Après des études à l’Académie des Beaux-Arts de Budapest, Judit Reigl parvient à franchir le rideau de fer et s’installe à Paris en juin 1950. Elle y retrouve son ami et compatriote Simon Hantaï qui lui présente André Breton en 1954, chef de fil du mouvement surréaliste, à qui elle offre une de ses premières toiles, « Ils ont soif de l’infini » (1950), vision angoissée peuplée de créatures zoomorphes en fuite. Séduit par le talent de la jeune peintre, Breton l’invite à exposer à la galerie de l’Étoile Scellée quelques mois plus tard et rédige la préface du catalogue. Les oeuvres qu’elle y présente ont alors renoncé à la figuration : toujours attirée par l’écriture automatique mais cherchant à l’emmener dans ses ultimes limites, Reigl investit un nouveau territoire expressif, celui d’un abandon total du corps et de l’esprit. « Tout mon corps participe au travail, 'à la mesure des bras grands ouverts'. C'est avec des gestes que j'écris dans l'espace donné, des pulsations, des pulsions. » précise-t-elle.

Au fil de ses multiples séries se dessine un parcours cohérent qui, malgré les multiples évolutions et les allers-retours entre abstraction et figuration, est marqué par une intense gestualité. Reigl peint le plus souvent en se déplaçant rapidement autour de toiles posées par terre et engage intensément son corps. Plusieurs séries voient ainsi le jour : celles des Éclatements (1955 - 1958) et de Centres de dominance (1958 - 1959), qui la rapprochent de Georges Mathieu avec qui elle expose ces années-là, puis celle des Guano (1958 - 1959), élaborée à partir des toiles ratées jonchant le sol de l’atelier, recevant les coulures de peinture, et foulées par l’artiste qui les retravaillent par la suite.

A partir de 1966, Reigl introduit la figure humaine dans sa peinture. Elle apparaît et disparaît au gré de plusieurs séries comme Homme (1966 - 1972), Drap (1973), Un corps au pluriel (1990 - 1992) ou Hors (1993 - 1999). Des corps, le plus souvent masculins, réduits à leur plus simple expression, hors de tout contexte de lieu ou de temporalité, sont représentés en lévitation sur toute la surface de la toile. Le corps humain, comme acteur du geste et comme sujet, reste ainsi le point d’encrage de l’oeuvre de Reigl et de la réflexion complexe qu’elle porte.

Le parcours de Judit Reigl a été jalonné d’expositions importantes : celle de 1976 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris rassemblant les séries Déroulements et Guano ou celle de 1986 au Pavillon International de la Biennale de Venise. Ses oeuvres ont intégré les collections du MOMA et du Solomon R. Guggenheim à New-York, du Centre Pompidou à Paris ou de la Tate Modern à Londres.

Lire plus

“Le corps est le plus parfait instrument et le plus tragique obstacle”

Judit Reigl

Judit Reigl dans son atelier à Marcoussis. Photo Catherine Panchout - Corbis. Courtesy Sygma via Getty images.

Oeuvres

Judit Reigl

Sans Titre (Serie Homme), 1969
Huile sur toile montée sur toile
30 x 24 cm | 11 3/4 x 9 1/2 in.