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Alberto Burri | Grafica

3 décembre 2021 - 5 février 2022

Il n’est pas possible de séparer l’activité graphique d’Alberto Burri (1915-1995) de sa peinture : il existe une relation à double sens entre les deux, l’une étant la continuation de l’autre par d’autres moyens. Ce que l’artiste expérimente avec le médium de la peinture a un pendant précis dans son travail graphique. Toutefois, pour comprendre la spécificité de la grafica et son rôle dans l’ensemble du corpus artistique de Burri, il faut se garder de la réduire à des peintures en miniature. Cette dernière lecture, qui est assez répandue, est finalement trompeuse.

Bien que marginal, le travail graphique est présent dès le début de la carrière de Burri, et ne se limite pas à sa maturité. On pense par exemple aux dessins à la plume et à la feuille d’or qui illustrent les poèmes d’Emilio Villa, l’un des premiers et meilleurs interprètes de la révolution artistique de Burri. Cependant, son activité graphique s’intensifie à partir de 1964, en commençant par des gravures en noir et blanc avec de grandes marges blanches.
Un des points communs entre les peintures et les gravures est la centralité de la matière, un aspect de l’œuvre de Burri qui reste unique dans le panorama de l’art italien d’après- guerre. Il est si marqué que l’artiste identifie ses cycles d’œuvres par le matériau utilisé, et ce sont ces mêmes matériaux qui finissent par donner le titre à l’ensemble de la série. C’est une stratégie qui élimine toute interprétation symbolique ou métaphorique : ces matériaux ne montrent qu’eux-mêmes, et tenter de leur faire dire autre chose apparaît comme une trahison de la volonté de l’œuvre autant que de celle de l’artiste. Spectateurs et critiques sont ainsi exposés au faux pas de l’interprétation, historiquement incapable de rendre compte de ces présences qui requièrent notre participation avant notre parole.
La singularité du parcours artistique de Burri (tous supports confondus) réside dans cette progression – inexorable, implacable, obstinée – d’un matériau à l’autre, presque comme si, à chaque fois, leurs possibilités plastiques étaient explorées jusqu’à l’épuisement. L’artiste n’a donc d’autre issue que de se tourner vers un nouveau matériau, et donc un nouveau défi.


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Alberto Burri travaillant dans son atelier, Case Nove di Morra, c.1973, Città di Castello. © Fondazione Palazzo Albizzini Collezione Burri.

“Dans le cas de Burri, parler de son œuvre graphique ne signifie pas parler d’une production mineure par rapport aux peintures, mais seulement d’un mode artistique différent et parallèle,
dans sa conception et son exécution, en bref, qu’elle peut être considérée comme une importance absolue dans la production
du grand peintre, à côté de toutes ses autres prises de position révolutionnaires et innovantes. Dans son travail graphique, Burri a également cherché à relever les défis techniques et à repousser les limites des outils et des matériaux utilisés. Avec des résultats d’un intérêt extraordinaire”

Bruno Corà, critique d’art et président de la Fondation Burri

L’année 1971, très prolifique pour l’œuvre graphique de Burri, s’achève avec la production des Cretti. Une première expérience dans ce sens avait déjà été entreprise en 1962 pour le petit Cretto bianco de la première page du livre Variazioni 1.

Dans cette série d’œuvres, la question devient beaucoup plus complexe en raison de la taille considérable et de l’épaisseur physique que la gravure doit conférer au papier par l’arrière, pour éviter qu’il ne soit écrasé lors de l’impression de l’encre.

Une fois de plus, l’artiste, résolu à atteindre l’objectif qui est très clair dans son esprit, lance un défi à l’imprimeur qui a la charge d’obtenir un résultat de ces techniques que personne n’avait exigé auparavant.

Après plusieurs mois d’essai, le résultat est une fois de plus extraordinaire. Au même titre que la série « picturale » des Cretti, on remarque immédiatement des nuances distinctes dans les craquelures, parfois nettes, anguleuses et tranchantes, et parfois détachées de la base du cellotex, douces, rondes et nuancées dans le papier.

Le titre « Cretto » unit l’œuvre picturale à l’œuvre graphique, mais les gravures s’en distinguent par leurs propres valeurs formelles originales. En revanche, l’équilibre de l’ensemble reste inchangé, conçu et obtenu de la même manière que dans les œuvres sur cellotex.

Chiara Sarteanesi, Alberto Burri. L’opera grafica permanente

1.Variazioni est une œuvre poétique écrite par Emilio Villa, qui a demandé à Burri d’illustrer ce Arecueil. Burri a réalisé 3 œuvres graphiques de petit format, dont un premier essai pouvant être Aassocié à la série des Cretti.

L’année 1981 marque une nouvelle étape dans la production graphique d’Alberto Burri.

L’artiste, sans l’intermédiaire d’un imprimeur, imagine une nouvelle technique pour produire des œuvres multiples.

Une presse est spécialement créée, fabriquée artisanalement à partir d’éléments de récupération et adaptée aux dimensions des matériaux choisis. Pour cette série, l’artiste procède d’abord manuellement : il coupe les morceaux de carton, les peint en noir et en rouge, et utilise le vinavil quand il veut faire briller le matériau de base : un carton de la même couleur que le cellotex. Vient ensuite le long et méticuleux travail d’assemblage des morceaux de carton. Pour deux des dix œuvres de la série, il est nécessaire de réaliser une étape supplémentaire après le passage de la presse, en procédant à l’abrasion du carton noir afin de l’assouplir et d’accentuer ses effets de texture.

Par la suite, pour raccourcir les délais d’exécution de cette série, Burri fait préalablement découper les morceaux de carton aux formes définies. Après avoir mis la technique au point, il confie le travail d’assemblage à l’imprimeur Fausto Baldessarini.

Les Multiplex se caractérisent par une réelle cohérence matérielle, qui devient picturale, comme dans l’œuvre unique, et par une structure équilibrée et achevée.

Chiara Sarteanesi, Alberto Burri. L’opera grafica permanente

Dans les dix Monotex, Burri propose à nouveau la technique des multiples.

Il s’agit de la métamorphose de la même « image » proposée trois ans plus tôt dans le cycle pictural Metamorfotex 1, dans lequel la séquence de neuf tableaux ininterrompus (cas unique dans la longue carrière artistique de Burri) est nécessaire pour visualiser la transformation de la même composition, repartie en huit formes : depuis le premier module, entièrement en cellotex, le noir avance progressivement jusqu’à occuper toute la surface du dernier tableau.

Dans le cas des Monotex, dont les formes, comme pour les Metamorfotex, sont homologues entre elles, le début et la fin du cycle sont réalisés avec deux monochromes, un blanc et un noir, mais l’approche de Burri est différente. La reproduction est ordonnée et synchrone avec l’identification des éléments repris un par un du noir, et le module se divise et se recompose simultanément. Dans chaque panneau, c’est le blanc qui prévaut, mais le noir permet la perception géométrique des différents éléments qui composent l’ensemble – un parfait trait d’union.

Chiara Sarteanesi, Alberto Burri. L’opera grafica permanente

1. Le titre du cycle imaginé par l’artiste pour son exposition au Château de Prague, qui n’a Ajamais eu lieu, se réfère à La Métamorphose de Kafka.

Oeuvres

Alberto Burri

Cretto Bianco, 1971
Gravure à l’eau-forte et aquatinte sur papier Fabriano Rosaspina.
67 x 96,4 cm | 26 3/8 x 38 in.

Alberto Burri, Cretto Nero D

1971

Alberto Burri, Cretto G

1971

Alberto Burri, Multiplex 8

1981

Alberto Burri, Multiplex 6

1981

Alberto Burri, Cellotex 3

1992

Alberto Burri, Cellotex 6

1992

Alberto Burri, Monotex 5

1994

Alberto Burri, Monotex 7

1994

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