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La galerie A&R Fleury est heureuse de vous présenter Beyond Limits, une exposition dédiée aux deux grands maîtres de l’abstraction de l’après-guerre Sam Francis et Hans Hartung.

Ayant brièvement côtoyé les mêmes groupes d’artistes et les mêmes galeries à Paris, ces deux peintres, ne se sont pourtant jamais croisés au courant de leurs longues carrières fructueuses. Pour la première fois, leurs œuvres se côtoient dans une exposition consacrée à déterminer la similitude de leurs ambitions, de leurs thématiques et de leurs approches artistiques dans l’expérimentation de la matérialité.

Sam Francis et Hans Hartung ont choisi de vivre à Paris, berceau des grands mouvements de l’Avant-Garde. Dans la capitale de l’Art Informel, Hans Hartung s’affirme contre la tradition picturale formaliste et se tourne naturellement vers l’abstraction lyrique plutôt que géométrique. Sam Francis arrive à Paris en 1950 suite à l’obtention de la G.I Bill, une bourse d’étude qui lui permet de venir découvrir la peinture européenne.

Tous deux ont connu leur première reconnaissance artistique à Paris, dans les années d’Après-Guerre. En 1947, Hartung expose à la galerie Lydia Conti, un des lieux mythiques du mouvement de l’Abstraction Lyrique, où il rencontrera enfin le succès. Quelques années plus tard, en 1952, la galerie Nina Dausset consacrera la première exposition personnelle à Sam Francis dont la reconnaissance fut immédiate et internationale. Tous deux sont bien connus des grands personnages phares de l’École de Paris comme Michel Tapié ou Paul Facchetti, ont cotoyé les mêmes cercles d’artistes et les mêmes galeries, pourtant ces deux grands maîtres de l’abstraction d’après-guerre n’ont jamais eu l’occasion d’exposer ensemble.

Lumière, couleurs, action !

 

 

Hans Hartung et Sam Francis jouent sur les contrastes des différents pigments pour faire jaillir luminosité et intensité dans leur peinture. Chez Sam Francis, le traitement de la lumière dans ses œuvres se rapproche de la technique des grands maîtres de la peinture Fauve et Impressionniste. Il interpose des couleurs vives, laissant transparaître le blanc de son support pour produire une clarté semblable à celle que l’on peut trouver sur une œuvre de Matisse ou de Derain. Francis reproduira cette tradition sur ses propres œuvres afin de parvenir à engendrer des reflets et une luminosité qui se répand sur toute la surface. Il prend également plaisir à choisir ses fameuses « paires d’opposées », comme le bleu et l’orange, ou le rouge et le vert. L’artiste aime la pureté des pigments qu’il juxtapose pour faire ressortir le blanc — cette couleur qu’il daigne noble. Sûrement fut-il inspiré des découvertes colorimétriques du siècle dernier qui prouvaient que la lumière blanche pouvait être recomposée à partir de la théorie des couleurs (rouge, vert et bleu). À l’évidence, Francis ne mélange pas ses peintures, il utilise des couleurs pures qu’il dilue simplement avec de l’eau pour créer des nuances dans les teintes puisque c’est cette pureté qui fera ressortir la supériorité du blanc.

C’est au cours des années 60 que Hans Hartung s’intéresse à cette luminosité qui se dégage de la technique de « grattage » qu’il développe. À l’inverse de Sam Francis, qui lui répand la lumière sur l’ensemble de son œuvre, Hans Hartung préfère créer un jeu d’ombre et d’éclat en augmentant plus ou moins les contrastes. L’artiste superpose les couleurs sourdes sur un fond plus clair, puis il vient gratter la matière pour donner une mesure presque néon à ses griffures.

Sûrement est-il influencé par le clair-obscur de sa photographie qu’il pratiquait souvent. Il jouait avec la lumière en contre-jour qui renforçait l’aspect lumineux des photos en noir et blanc grâce aux forts contrastes. C’est au début des années 60 que l’artiste incorpore de nouveaux matériaux tels que la peinture vinylique et l’acrylique. Le temps de séchage de ces médiums, beaucoup plus court, l’incite à travailler les surfaces peintes encore plus rapidement. La charge chromatique de ses pigments qui se dévoile grâce au grattage de ses aplats sombres, va produire différents effets de profondeur et de luminescence. Hans Hartung va réussir à produire des failles de lumières tout en gardant un geste précis et irrattrapable.

Une méthodologie expérimentale et spirituelle

 

Pendant les années 1960, Hartung expérimente déjà avec des outils qu’il détourne de leurs usages habituels. Dans les années 70, comme pour chaque décennie, l’artiste se renouvelle et perfectionne encore plus ses outils, pour les adapter à ses besoins esthétiques, comme le peigne, le râteau ou le pinceau à multiples embouts. Ce « multi-pinceau » est spécialement conçu pour créer un effet de lignes équidistantes, parallèles, permettant à l’artiste l’exécution de plusieurs écritures en un seul geste dynamique. Cette nouvelle façon de peindre redonne un aspect presque géométrique à son œuvre, mais elle ne perd pas pour autant sa dimension spontanée et gestuelle. Au contraire, ses traits brusques ne perdent pas d’ampleur. Le noir superposé sur les aplats de couleurs primaires (rouge, bleu, jaune) la rend encore plus audacieuse.

À travers ses nombreuses œuvres sur papier, nous voyons la méthode approfondie qu’utilisait Sam Francis dans sa recherche de nouvelles formes et techniques. Déjà dans les années 60, il mélange les médiums avec des temps de séchage différents pour donner des effets de temporalités expressives. Chaque aplat de couleur enregistre un temps. L’utilisation de la gouache ou de l’acrylique n’est pas un hasard. Nous pouvons dire que Sam Francis travaille l’eau autant que la peinture. Il l’utilise pour diluer les pigments et joue avec le caractère fluide et fluctuant de cet élément qui lui permet de manipuler la peinture. Il expérimente avec la transparence, la superposition et la réaction des couleurs mélangées. Il laisse la peinture agir librement, mais l’on devine toutefois son geste délibéré et consciencieux.

“[…] J’ai toujours préféré les couleurs froides : le bleu, le vert turquoise très clair, le jaune citron, le brun foncé presque noir, ou tirant sur le vert. Je trouve que plus les couleurs froides sont pures, mieux on y respire.”

Hans Hartung

“Quand je manipule la couleur, quelque chose commence à arriver et j’ai des idées. Quelquefois, ces idées sont très fugitives. Elles viennent de manière graphique.
Quelquefois, la seule manière de les saisir, c’est avec un pinceau et de la couleur.”

Sam Francis

Les dernières années

 

Cette vocation de peintre mentionné » au début du catalogue est d’autant plus évidente à la fin de leur carrière. Hans Hartung et Sam Francis vont peindre jusqu’à leurs derniers jours. C’est en effet surprenant de constater que ces deux artistes choisirent de peindre d’une manière si fulgurante et expressive à l’heure de leurs derniers moments.

Dans les derniers mois avant son décès, Sam Francis fut pris d’un élan créatif, réalisant près de 152 œuvres, toutes reflétant sa passion et sa persévérance malgré avoir perdu toute fonction de sa main droite. Il peint sans relâche dans son studio à Santa Monica, peut-être pris par le désir de laisser sa trace une dernière fois sur terre. Sam Francis avait déjà évoqué auparavant qu’il s’identifiait au papier blanc.

En constante quête d’innovation, les années 80 seront consacrées à des expérimentations visées à rendre ses toiles plus « atmosphériques et éthérées ». La dimension spirituelle de l’œuvre de Hans Hartung atteint alors son sommet tout en conservant une palette de couleurs plus intenses et éclatantes que jamais grâce à des outils non conventionnels : des branches de genêts et d’olivier de son jardin, au début des années 80, à la sulfateuse ou le spray « airless » au cours des dernières années. Il laissera le hasard et l’impulsion guider ses mouvements rapides grâce à une longue tige flexible munie d’une cartouche d’encre réglable pour créer des effets de variations dans la matière. Pour Hartung, la vitesse du geste « permet d’évoquer les tensions atmosphériques et cosmiques, les énergies et les rayonnements qui gouvernent l’univers.»

Oeuvres

Sam Francis, Untitled

1958

Hans Hartung, T1966-R29

1966

Sam Francis

The Blue Between the Red and Green, 1960
Acrylique et gouache sur papier
85,8 x 58,7 cm

Sam Francis, Untitled

1951

Hans Hartung, T1965-R16

1965

Hans Hartung, T1975-K39

1975

Sam Francis, SF75-004

1975

Sam Francis

Untitled SF84-223, 1984
Acrylique sur papier
94 x 181,6 cm

Sam Francis, SF73-645

1973

Hans Hartung, T1989-R37

1989

Presse

Actualités

Sam Francis, « In Lovely Blueness »

12 septembre 2023

Musée de l'Orangerie, Paris

En écho aux Nymphéas de Claude Monet, le musée de l’Orangerie a installé le 12 septembre 2023 le très grand format de Sam Francis, In Lovely Blueness, déposé pour trois ans par le Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, auquel il avait été donné en 1977 grâce à la Scaler Foundation avec la contribution d’ Éric […]

Sam Francis, « In Lovely Blueness »

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